
La Bave du Crapaud
La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. (proverbe français)
Le matin au réveil soyons prêts, si besoin est, à dire, même à haute voix : « La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe. » La blanche colombe c’est nous.
Nous n’allons pas nous laisser flétrir par la médisance et la calomnie, lui opposer au contraire une surdité qui finira par la désarmer : « Un buon paio d’orecchie, stancano cento male lingue », dit-on en italien. Les oreilles qui font mine de ne pas entendre, s’entend.
La médisance, quoiqu’il en soit, comme le disent les anglais, retombe sur qui l’a proférée : « It comes home to roost ». La médisance et la calomnie indiquent que le médisant et le calomniateur ont un problème avec eux-mêmes. Il se peut qu’ils l’ignorent, comme cet harceleur qui a fait la une des journaux télévisés le 7 novembre 2024, car il dit avoir pris conscience tout à coup, bien plus tard, avoir fait partie des harceleurs, ce dont il n’avait pas conscience à l’époque.
Ce proverbe implique une vérité exprimée par une image animalière très efficace, laquelle pourrait être ancienne. Nous sommes étonnés de ne pas le rencontrer avant le XIXe siècle dans la littérature. Il faut admettre qu’il ne semble pas avoir d’équivalent textuel dans d’autres langues proches non plus.
Pourtant, si on analyse notre proverbe du point de vue animal, on y rencontre des éléments fort anciens, qui auraient très bien pu être assemblés au Moyen Age, alors que le crapaud était représenté sur les piliers des cathédrales romanes pour effrayer les fidèles, en tant que bête évoquant les peines de l’enfer et le diable lui-même. L’image sur laquelle joue le proverbe porte d’autant mieux si on se souvient que la bave du crapaud, ce liquide visqueux qui sert à immobiliser la proie, passait pour venimeux. La colombe, quant à elle, était l’animal sacré de la déesse de l’amour, Aphrodite / Vénus, et, dans le Nouveau Testament, elle symbolise le Saint-Esprit.
Le proverbe qui correspond au nôtre, en italien par exemple, est « La luna non cura l’abbaiar des cani » ; il existe aussi en français (« La lune ne fait pas attention aux chiens qui aboient. ») et dans les principales langues européennes.
En somme, si « cracher des crapaud » est de fort mauvais goût, « avaler un crapaud » a très mauvais goût ! (mc)